Les amours impossibles

Roméo et Juliette, Abélard et Héloïse, Tristan et Iseult… Les amants maudits sont célèbres dans l’histoire, la littérature ou le cinéma. Aujourd’hui encore, il existe des règles implicites nous dictant qui, quand et comment nous pouvons aimer. Quelles sont-elles et comment … y déroger ? Petit voyage aux pays des amours impossibles…

Quand la société décide…

Différence de religion, de niveau social, d’âge… La société n’est pas toujours tendre avec les amours « hors norme ». Un « regard » qui n’est pas sans conséquences sur le quotidien des intéressés… Décryptage.

Des amours politiquement incorrectes…

Noir et blanc, musulman et juif, vieux et jeune, riche et pauvre, marié et célibataire, enseignant et étudiant, prêtre et paroissien… La liste des « mauvaises » combinaisons est encore bien longue. Certains amours se définissent comme « impossibles » car ils naissent au mauvais moment, au mauvais endroit, avec la mauvaise personne. Le regard de l’entourage s’attarde alors sur ces couples jusqu’à en devenir pesant, avec un message implicite : « ils n’ont rien à faire ensemble ». Ces amours résonnent comme un défi aux modèles établis et représentent parfois une véritable transgression. « Si une femme d’un certain âge s’éprend d’un homme ou d’une femme beaucoup plus jeune, nous substituons le terme « instinct maternel » à celui d’amour« , écrit Jan Bauer, psychanalyste .

Entre ciel et enfer

Qui décide des limites ? Notre milieu… et nous-même : il y a interaction permanente entre la structure du couple et la structure sociale. Quand le choix du partenaire transgresse un tabou, la pression devient importante. Elle est d’autant plus redoutable face aux différences de religion, de culture ou d’âge. Car ce type de relation menace un double équilibre : celui du groupe et celui de l’individu, qui va remettre en question les fondements de ses croyances, de ses valeurs, de ses priorités. « Un amour impossible mène rarement à une tranquille intimité dans la vie quotidienne. Il donne l’impression d’être suspendu quelque part entre le ciel et l’enfer« , définit Jan Bauer. Car en ébranlant la structure sociale et personnelle, l’amour « hors norme » engendre peur et confusion.
Amour impossible à vivre mais aussi impossible à oublier : il marque souvent bien au-delà du temps passé à le vivre. Car si la transgression des tabous provoque le rejet et pousse l’individu dans une nouvelle direction, plus personnelle, elle accentue aussi l’intensité de la passion. Vivre un amour désavoué par la société se révèle souvent plus enivrant…

Faire accepter son amour : l’avis de l’expert

« Au rayon romanesque des amours impossibles, il n’y a pas trente-six solutions, il y en a mille« , écrit la romancière Camille Laurens dans L’avenir. Selon Pascale Lery, psychologue clinicienne, l’essentiel est de se poser les bonnes questions, suffisamment tôt dans la relation.

Dans quels cas est-il le plus difficile de faire accepter son conjoint ?

Certains couples de religions différentes peuvent très bien fonctionner, mais pour d’autres, il s’agit d’une véritable transgression, d’une remise en question de la loi du père, qui rime alors avec la loi de Dieu. Chez les musulmans, cela revient souvent à faire le deuil de sa famille, de sa culture. Plus encore qu’une rupture avec les parents, c’est une rupture avec la religion, l’identité. Le choix est culpabilisant, car il se répercute sur la famille, mise au ban de la société.

Quel est le danger ?

Tant que le couple vit la phase d’amour passion, la relation fonctionne bien. C’est quand elle devient plus mature que les vraies questions se posent. On a intérêt à se les poser avant, car les conséquences peuvent être dramatiques. Souvent, la grossesse ou l’arrivée d’un enfant déclenche des interrogations sur la religion, les valeurs, l’éducation. Il y a risque de récupération de l’enfant. Chez ces couples, quand ça se passe mal, ça se passe vraiment très mal !
Mais est-on apte à se poser les bonnes questions quand on est en pleine passion ?
C’est vrai qu’il faut être très mûr pour se poser les questions rapidement : dans les débuts d’une histoire, on imagine qu’on surmontera tous les problèmes. Il faut déjà se demander pourquoi on a choisi cette personne. Cela peut être en rébellion par rapport à sa famille, au mode de vie. Il convient d’identifier les enjeux.

Que faire quand l’entourage renvoie une image négative ?

Tant qu’on n’accepte pas son propre choix, on peut difficilement l’assumer face aux autres. J’ai connu une jeune femme, cadre supérieur, dont l’ami exerçait une profession manuelle. Dans l’intimité, elle ressentait des bénéfices importants. Dès qu’ils sortaient, le regard sur leur couple lui posait un vrai problème. Il devient alors fondamental de réfléchir à ce qu’apporte l’autre. Est-ce suffisamment important pour supporter ce regard ? Ou, dans d’autres cas de figures, pour résister à tout ce qui est en jeu autour ? Voire pour rompre avec son environnement ? Dans l’absolu, aucun couple n’est impossible, mais il faut vraiment que les  » bénéfices  » soient suffisants pour endurer le reste.

Des choix difficiles à imposer

Quand on emprunte des sentiers non balisés, il faut se préparer à affronter un véritable parcours du combattant. Corinne, 33 ans, et Cathy, 45 ans, en témoignent.

De nombreuses disputes, mais aussi une grande richesse

A 19 ans, Corinne a un coup de foudre pour un Algérien de 29 ans, musulman pratiquant. « Il avait toutes les qualités que je recherchais chez un homme. Mais comment le présenter à mon père, qui m’abreuve depuis toujours de propos racistes ?« . L’atmosphère, chargée d’insultes et de menaces, devient vite invivable. Certains de ses amis la mettent en garde : les musulmans frappent et séquestrent leurs épouses ! Après six mois, elle demande à son ami d’emménager chez lui. « Il a accepté, le temps que cela s’arrange avec ma famille. Et m’a expliqué que, pour la sienne et lui-même, il n’était pas question de fonder un foyer avec une française. J’étais abattue« . Mais elle s’accroche. Ils vivent ensemble quelques années chaotiques, ponctuées d’altercations avec leurs familles, avant de décider d’avoir un enfant. « Quand il est né, les esprits se sont calmés, même si nos parents restaient méfiants vis-à-vis des coutumes dans lesquelles nous allions l’élever« . Depuis, elle a eu deux autres fils. « Cela n’a pas été simple, les différences ont engendré de nombreuses disputes, mais aussi une grande richesse dans notre couple« .

Un regard insoutenable

Depuis quelques mois, Cathy vit une jolie histoire avec un jeune homme. « C’est très fort, profond, nous avons beaucoup de points communs, le courant passe bien dans tous les domaines« . Le hic, c’est qu’il a 20 ans, le même âge que l’une de ses filles, et qu’elle-même n’a que deux ans de plus que sa mère. « Il veut me présenter à ses parents, c’est hors de question ! Il se projette très loin dans le temps et cela m’effraie« . Si Cathy préfère conjuguer cet amour au présent, elle a du mal à assumer le regard de son entourage et des inconnus, refuse qu’il l’embrasse dans la rue. « Le regard des autres me coince, me perturbe. D’un côté, je me vois bien vivre avec lui, de l’autre, je refuse de penser à l’avenir. J’ai peur qu’il gâche sa vie, peur peut-être aussi de souffrir. Pour moi, c’est un amour impossible« .

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