Dépression : Comment l’identifier et surtout en sortir

La vraie dépression est parfois difficile à reconnaître, en particulier par le déprimé lui-même. Elle varie en intensité et en manifestations selon les individus, mais elle doit toujours être prise en charge médicalement.

Pleurer et être triste quand on vit ou qu’on a vécu une situation dramatique, un deuil par exemple, quoi de plus normal ? Comme ne pas avoir la tête vide, se sentir sans force et abandonné quand de gros soucis s’amoncellent. Mais une souffrance psychique peut déboucher sur une dépression sans que l’entourage ni la personne elle-même s’en rendent compte, la distinction n’étant pas toujours facile à faire. Résultat : certaines vraies dépressions sont prises pour des déprimes passagères et ne sont pas correctement soignées. L’inverse est également vrai : certains troubles psychiques sont traités à tort par des antidépresseurs.

L’entourage le vit mal

La dépression est une vraie maladie réunissant plusieurs symptômes psychiques et physiques qui durent anormalement. « Ce n’est pas leur intensité qui permet de rattacher ces souffrances à une maladie. La douleur psychique peut être fulgurante à l’annonce d’une mort, maximale au moment d’une rupture sentimentale, violente après une humiliation. Elle peut être intense lors d’un divorce ou d’un conflit familial. Mais elle n’appartient pas nécessairement au champ de la maladie et il est inutile de la médicaliser, la seule molécule alors utilisable est la parole. », affirme le Dr Alain Gérard, psychiatre à Paris. Bref, il ne faut pas confondre une réaction douloureuse à une épreuve difficile, laquelle finira par s’estomper avec le temps, avec une dégradation psychique et physique persistante…
D’autres idées erronées égarent souvent les proches. Nous avons tous, au cours de notre existence, traversé des moments de tristesse, de découragement, d’insomnie, et nous croyons savoir intuitivement ce qu’est la dépression. Les dépressifs disent tous que l’expérience de la dépression est d’une autre nature et n’a rien à voir avec les passages douloureux de la vie. Pour une personne bien portante, il est très difficile de comprendre vraiment ce que vit un dépressif. Cette incompréhension explique les conseils, en complet décalage, de l’entourage  : « Secoue-toi un peu… Va faire du shopping, fais du sport… Va voir tes amis… Sois positive, dis-toi qu’il y a pire… », etc.
Quand on est déprimé, ce type de conseils tombe à plat. Le dépressif ne peut justement rien faire de tout cela. Il a du mal à exprimer ce qu’il ressent, comme si les mots n’existaient pas pour décrire ses symptômes et il utilise donc des termes approximatifs et fourre-tout, fatigue, vide, ras-le-bol, épuisement, qui ne reflètent pas son état… et ne mettent pas les proches sur la voie. Il a alors l’impression que personne ne le comprend, se replie et se laisse de plus en plus aller. Un cercle vicieux peut s’instaurer et conduire à la catastrophe.

la dépression

Symptômes fréquents

La vraie dépression empêche de « fonctionner ». Un certain nombre de symptômes permettent de l’identifier.
  • Tristesse profonde et envahissante, et crises de larmes fréquentes. Mais pas toujours, cela peut être remplacé par un état d’épuisement émotionnel où plus rien n’est ressenti.
  • Fatigue, perte d’énergie que le repos n’atténue pas. C’est le symptôme le plus fréquent.
  • Mauvais sommeil, avec des réveils fréquents au petit matin, entre 3 et 5 heures du matin. Certaines personnes, au contraire, se réfugient dans le sommeil sans pour autant que celui-ci soit réparateur.
  • Modification de l’appétit, diminution très souvent, cause d’amaigrissement, ou augmentation (surtout pour des aliments sucrés).
  • Dérèglement du corps. La tension artérielle peut devenir instable, la digestion douloureuse, les règles disparaître, etc.
  • Ralentissement pychomoteur. Même les actes les plus anodins, faire un repas, se laver, rédiger une lettre… nécessitent un effort très important.
  • Impossibilité d’éprouver du plaisir dans des activités habituellement agréables. La personne n’a plus goût à rien, tout lui est indifférent.
  • Incapacité à prendre des initiatives, à se projeter dans l’avenir. Prévoir une sortie, organiser un événement, même minime et a priori plaisant, devient un obstacle infranchissable.
  • Impression d’abandon, d’inutilité, ainsi que de solitude.
  • Manque de concentration et troubles de la mémoire. Fixer son attention, lire et retenir est impossible.
  • Pensées négatives, idées de mort passives (tomber malade et y rester) ou actives (en finir).
En général, c’est l’association et la durée de ces symptômes qui atteste la maladie, mais la dépression revêt parfois des formes particulières qui gênent son repérage : dépression masquée par douleurs lombaires, maux de tête ou de ventre ; dépression saisonnière liée au manque de lumière en automne et en hiver, après un accouchement, le baby blues, troubles bipolaires, etc.

Traitements adaptés

La maladie est aussi plus ou moins profonde et se traite au cas par cas.
  • La psychothérapie peut suffire à surmonter le cap d’une dépression légère, mais en cas de dépression grave il faut lui associer un traitement antidépresseur. Il est parfois nécessaire de tâtonner pour trouver la méthode qui convient le mieux. Aujourd’hui, les thérapies cognitives et comportementales sont plus pratiquées que l’analyse, longue et pas forcément adaptée. Elles visent à corriger les comportements dépressifs et à apporter des solutions à l’aide d’exercices et de conseils pratiques, permettant ainsi d’avancer graduellement en augmentant la confiance en soi. Le thérapeute doit être un psychiatre ou un psychologue diplômé.
  • Les antidépresseurs indispensables en cas de dépression profonde ont cependant des effets secondaires. Ils ne permettent certes pas de guérir la dépression d’un coup de baguette magique, mais de retrouver, au bout de plusieurs semaines, un état psychologique plus apte à régler les problèmes. Au médecin de choisir celui qui convient à la forme et à la sévérité de la dépression ainsi qu’à l’âge.
  • L’association d’un anxiolytique est très souvent conseillée en début de traitement, le temps nécessaire à l’action de l’antidépresseur, mais il faut ne pas prolonger sous peine d’accoutumance et bien respecter la prescription.
  • D’autres médicaments sont possibles : des somnifères quand le manque chronique de sommeil empêche les défenses de l’organisme et du psychisme de se reconstituer ; des régulateurs de l’humeur (sels de lithium et médicaments apparentés aux anti-épileptiques) en cas de troubles bipolaires pour prévenir les rechutes ; les neuroleptiques plus rarement, dans les formes très sévères et en hospitalisation.

Chaque dépressif est différent, il n’y a pas de règle absolue. Surtout, ne prenez pas le reste du traitement d’un proche, le résultat pourrait être désastreux !

la dépression

Du côté du pharmacien

  • Signalez à votre médecin tous les médicaments que vous prenez en plus pour éviter de possibles interactions.
  • Ne diminuez pas de vous-même le nombre de comprimés ou de prises. Il existe une dose minimale efficace pour chaque molécule. Un dosage trop faible retarde la guérison et aggrave le problème. N’arrêtez pas non plus l’antidépresseur avant que le médecin vous le dise.
  • Avant une opération programmée ou une intervention d’urgence, informez l’anesthésiste que vous prenez un antidépresseur, il pourra vous demander par prudence de suspendre votre traitement 24 à 48 heures avant pour éviter tout risque d’interaction avec les anesthésiques.
  • En cas de changement de famille d’antidépresseurs décidé par le médecin, respectez bien l’intervalle prescrit pour passer d’un médicament à l’autre : 1, 2 ou 5 semaines selon les cas.

Témoignage : Vivre avec un bipolaire

« Nous nous étions mariés à la fin de nos études, il était intelligent, drôle, passionné… Tout allait bien jusqu’à ce que j’attende un enfant. Il était abattu ou au contraire exalté, faisait des projets irréalistes, des achats insensés. Je croyais que l’événement le secouait… Un jour, il a pété les plombs et a dû être hospitalisé, mais à l’époque la dépression maniaco-dépressive, comme on disait alors, se soignait mal… Ma vie a été un enfer jusqu’à ce qu’on le traite par deux médicaments, un antidépresseur et un antipsychotique. Il voit toujours son psychiatre et je reste aux aguets pour éviter les contrariétés et diminuer le risque de récidives, mais il va bien mieux et retravaille… J’ai lu le livre émouvant d’un peintre français connu*, qui raconte sa bipolarité, ce qu’il a fait subir à sa famille et comment il a retrouvé sa créativité grâce à ces nouveaux traitements. J’ai découvert beaucoup de points communs avec mon mari. »

L’avis du spécialiste

Antidépresseurs, pas de résultat immédiat
« La plupart des médicaments d’usage courant agissent dès les heures, voire les minutes qui suivent la prise et d’autres, utilisés dans des maladies chroniques, ont généralement besoin de quelques jours pour exercer et stabiliser leur effet. Pour les antidépresseurs, il en va tout autrement : un délai d’action incompressible est nécessaire, d’une dizaine de jours minimum à
4 semaines. Une fois l’efficacité antidépressive atteinte, une amélioration continue de se poursuivre plus discrètement sur certains symptômes jusqu’à huit semaines après le début du traitement. Ce temps peut paraître extrêmement long lorsqu’on souffre, mais il est tout à fait normal de ne rien ressentir les premiers jours ou les premières semaines de traitement antidépresseur. »

3 questions à…Dr Alain Gérard, psychiatre et psychothérapeute, Paris*.

L’effet protecteur des antidépresseurs suffit-il ?
Il n’est que partiel : si les patients qui en prennent récidivent certes deux fois moins que ceux qui ont reçu des placebos (pendant 2 ans), ils sont quand même nombreux à récidiver… Il ne devrait pas exister de prescription d’antidépresseurs sans accompagnement psychologique médicalisé. Mais le patient encore déprimé ou gêné par ses symptômes ne parvient pas à se projeter dans un quelconque futur et ne peut être demandeur d’une psychothérapie qu’il se sent incapable d’entreprendre. C’est par conséquent au médecin prescripteur du traitement antidépresseur de discuter avec lui de la nécessité d’une psychothérapie et de faire émerger une demande d’aide.
À qui s’adressent les thérapies cognitives et comportementales ?
Le thérapeute, médecin psychiatre ou psychologue diplômé, évalue tout d’abord le vécu affectif du patient dépressif, ses comportements, ses pensées actuelles, ce qui lui permet de savoir si une thérapie cognitivo-comportementale est indiquée, et ensuite d’établir une thérapie individualisée. Ces thérapies sont proposées aussi bien en phase d’état dépressif qu’en présence de symptômes résiduels tels que des troubles anxieux, des troubles du sommeil ou quand la guérison n’étant que partielle, l’estime de soi est restée effondrée. Elles s’adressent également à des patients ayant rechuté ou dont la dépression se chronicise.
Peut-on évaluer l’efficacité de ces thérapies ?
Quand elles sont utilisées en traitement combiné avec les médicaments antidépresseurs le taux de récidive dépressive est alors diminué de 35 % à un an environ, y compris pour les états dépressifs majeurs hospitalisés… Cela dit, on estime que 50 % des effets d’une prise en charge cognito-comportementale ou analytique dépendent du niveau d’empathie qui s’installe entre le thérapeute et son patient. Peut-être est-il plus utile pour un patient de rencontrer un thérapeute qui lui convienne plutôt qu’une technique spécifique adaptée à son problème…

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